Certains jours, vous avancez avec une facilité étonnante.
Les idées arrivent vite. Vous prenez des décisions. Vous écrivez, construisez, résolvez.
À d’autres moments, la même tâche semble demander beaucoup plus d’effort.
La tentation est alors de conclure que vous manquez de discipline, que vous êtes irrégulière ou que vous devriez simplement vous forcer davantage.
Mais une autre approche est possible : observer.
La productivité n’est pas nécessairement uniforme
Nous avons souvent appris à organiser le travail autour du temps : une heure disponible égale une heure de capacité productive.
Dans la réalité, ce calcul est rarement aussi simple.
Votre concentration peut varier selon le sommeil, la charge mentale, le type de tâche, les interruptions, les responsabilités personnelles ou simplement le moment de la journée.
Deux heures inscrites dans un agenda ne produisent donc pas toujours deux heures de travail équivalent.
L’enjeu n’est pas d’inventer une théorie universelle de votre énergie.
Il est d’observer vos propres régularités.
Identifier différentes qualités d’énergie
Toutes les périodes de disponibilité ne servent pas les mêmes activités.
L’énergie de création
À certains moments, vous trouvez facilement des idées, des formulations, des connexions ou des solutions nouvelles.
Ces périodes peuvent être intéressantes pour écrire, concevoir, brainstormer, imaginer une offre ou réfléchir à une stratégie.
L’énergie de concentration
À d’autres moments, vous avez moins besoin d’explorer et davantage envie d’avancer.
C’est souvent un bon moment pour finaliser un document, analyser, organiser, prendre des décisions ou terminer une tâche déjà cadrée.
L’énergie basse
Il existe aussi des périodes où la concentration soutenue devient plus difficile.
Vous pouvez alors réserver, lorsque votre contexte le permet, des activités moins exigeantes : classement, réponses simples, veille, organisation, préparation ou tâches administratives légères.
La récupération
La récupération n’est pas une activité improductive.
Elle permet parfois de retrouver les ressources nécessaires pour travailler correctement ensuite.
Une pause, une marche, une vraie coupure, du sommeil ou simplement un temps sans nouvelle sollicitation peuvent faire partie d’une organisation durable.
Le problème commence lorsque toutes les tâches sont traitées de la même manière
Imaginez une matinée où votre esprit est particulièrement clair.
Si vous utilisez cette période à traiter uniquement des tâches administratives secondaires, vous risquez ensuite de réserver votre travail stratégique au moment où votre énergie baisse.
L’inverse est également vrai.
Exiger de vous une réflexion complexe au moment où vous êtes épuisée peut transformer une tâche raisonnable en expérience pénible.
Organiser son énergie, ce n’est donc pas seulement faire moins.
C’est parfois déplacer.
La multipotentialité ajoute une autre difficulté : la concurrence entre projets
Lorsque plusieurs projets vous intéressent réellement, chaque regain d’énergie peut donner envie d’en ouvrir un nouveau.
Le sentiment est agréable : nouvelle idée, nouvel élan, nouvelle possibilité.
Mais si chaque pic d’enthousiasme sert à démarrer autre chose, les projets déjà engagés peuvent manquer des périodes de concentration nécessaires à leur achèvement.
Votre énergie devient alors un moteur de démarrage sans toujours devenir un moteur de finalisation.
Distinguer énergie et priorité
Avoir envie de travailler sur un sujet ne signifie pas automatiquement qu’il est prioritaire.
Et une tâche prioritaire n’est pas toujours la plus enthousiasmante.
Vous pouvez donc utiliser deux questions différentes :
« Quelle énergie ai-je maintenant ? »
et :
« Parmi les tâches compatibles avec cette énergie, laquelle sert réellement ma priorité actuelle ? »
C’est cette deuxième question qui transforme l’observation en organisation.
Créer une semaine plus réaliste
Protégez vos moments de forte concentration
Si vous constatez qu’une période revient régulièrement où vous réfléchissez plus clairement, essayez de la protéger des sollicitations secondaires.
Réservez-la à ce qui exige le plus de qualité mentale.
Regroupez les tâches légères
Les petites tâches peuvent fragmenter toute une journée.
Les regrouper dans une même plage permet parfois de préserver des séquences plus longues pour les projets importants.
Évitez de remplir chaque espace libre
Un agenda rempli à 100 % suppose que rien d’imprévu ne se produira.
Or les imprévus, la fatigue et les changements de priorité existent.
Conserver un peu de marge peut éviter qu’un simple décalage désorganise toute la semaine.
Planifiez aussi la récupération
Attendre d’être épuisée pour s’autoriser une pause est une stratégie coûteuse.
Lorsque cela est possible, la récupération peut être prévue comme n’importe quelle autre condition nécessaire au travail.
Observer avant d’optimiser
Vous n’avez pas besoin de connaître votre rythme par intuition.
Vous pouvez le mesurer simplement.
Pendant une semaine, notez quelques fois par jour : votre niveau d’énergie, votre capacité de concentration et le type de tâche que vous réalisez.
Au bout de plusieurs jours, certaines régularités peuvent apparaître.
Peut-être travaillez-vous mieux le matin.
Peut-être votre meilleure période arrive-t-elle en soirée.
Peut-être cela dépend-il davantage du sommeil, du type de journée ou du nombre d’interruptions que de l’heure elle-même.
Ce sont vos observations, pas une règle générale, qui doivent guider vos ajustements.
Exercice · Votre cartographie d’énergie
1. Observez pendant sept jours
Trois ou quatre fois par jour, attribuez une note de 1 à 10 à votre énergie disponible.
2. Ajoutez le type d’activité
Création, analyse, réunion, administratif, apprentissage, déplacement ou récupération.
3. Notez votre niveau de facilité
La tâche vous semble-t-elle fluide, possible, difficile ou presque impossible ?
4. Cherchez les régularités
Quand avez-vous le plus souvent de la clarté ?
Quand les décisions deviennent-elles plus coûteuses ?
Quelles activités vous donnent de l’énergie ?
Lesquelles vous en demandent beaucoup ?
5. Déplacez une seule chose
Ne reconstruisez pas tout votre agenda.
Déplacez simplement une tâche exigeante vers une période qui semble plus favorable et observez ce qui change.
Travailler avec son énergie n’est pas devenir dépendante de son humeur
Observer ses variations ne signifie pas attendre d’avoir envie pour agir.
Certaines obligations resteront à accomplir même dans une période moins favorable.
L’objectif est plutôt de ne pas gaspiller vos meilleures ressources lorsque vous pouvez organiser autrement.
La structure reste nécessaire.
Mais une structure utile tient compte de la réalité de la personne qui doit la suivre.
Vous n’avez donc pas besoin de produire exactement de la même manière à chaque heure et chaque jour.
Vous avez besoin d’un système suffisamment clair pour savoir quoi faire lorsque votre énergie change.