Parler de « la femme africaine multipotentielle » comporte immédiatement un risque : faire croire qu’il existe une expérience unique partagée par des millions de femmes.
Les réalités diffèrent selon les pays, les générations, les milieux sociaux, les histoires familiales, les trajectoires migratoires et les environnements professionnels.
Ce que signifie l’intersectionnalité
Le concept d’intersectionnalité permet d’étudier la manière dont plusieurs rapports sociaux ou formes de discrimination peuvent se croiser.
Dans le contexte professionnel, le genre et l’origine réelle ou perçue peuvent par exemple influencer l’expérience d’une même personne.
La multipotentialité n’est pas ici une catégorie de discrimination comparable au sexe ou à l’origine. Elle constitue plutôt une manière de décrire la pluralité d’intérêts, de compétences ou de trajectoires professionnelles.
Les attentes familiales peuvent peser sur certains choix
Dans certaines familles, les études représentent un investissement collectif considérable. Une carrière perçue comme stable peut alors devenir plus qu’un choix individuel : elle peut symboliser sécurité, réussite ou mobilité sociale.
Changer de voie, cumuler plusieurs activités ou abandonner un poste valorisé peut dans ce contexte nécessiter davantage d’explications et de négociations.
Cette situation n’est ni exclusivement africaine ni universelle dans les familles africaines. Elle mérite d’être décrite comme une expérience possible, pas comme une règle culturelle.
Genre, origine et environnement professionnel
Les discriminations liées au sexe ou à l’origine sont des réalités documentées. Elles peuvent affecter recrutement, progression professionnelle, rémunération, accès aux responsabilités ou sentiment de légitimité.
Une femme qui construit en plus un parcours transversal peut alors rencontrer une autre difficulté, différente : rendre lisible une trajectoire qui ne correspond pas aux modèles professionnels les plus linéaires.
La figure de la « femme forte »
Certaines femmes racontent avoir appris très tôt à tenir, aider, porter et s’adapter. Cette représentation peut être valorisante tout en rendant parfois plus difficile l’expression de la fatigue ou des limites.
Il faut là encore éviter d’en faire une caractéristique de toutes les femmes africaines. C’est une expérience sociale et familiale possible parmi beaucoup d’autres.
Entrepreneuriat : opportunité, mais pas solution universelle
L’entrepreneuriat féminin occupe une place importante dans de nombreux pays africains. Mais entreprendre peut relever du choix, de l’opportunité ou parfois de la nécessité économique.
Il serait donc incorrect d’en faire automatiquement une voie de libération ou la destination naturelle d’une femme multipotentielle.
Pour certaines, l’entrepreneuriat offre néanmoins la possibilité de combiner plusieurs compétences, créer son activité et définir davantage ses méthodes de travail.
Le financement reste un enjeu concret
Les travaux consacrés à l’entrepreneuriat féminin en Afrique montrent des difficultés persistantes d’accès aux ressources financières, aux actifs, aux réseaux et à certains marchés.
Ces contraintes sont structurelles. Elles ne doivent pas être transformées en récit selon lequel les femmes réussiraient simplement grâce à davantage de résilience.
Ne pas romantiser la résilience
La capacité à s’adapter peut aider à traverser certaines difficultés. Mais demander sans cesse aux personnes discriminées ou contraintes d’être plus résilientes peut aussi déplacer la responsabilité vers elles.
L’objectif doit également être de rendre les organisations, les financements et les opportunités plus accessibles.
Construire son propre espace de choix
Le travail personnel consiste à distinguer plusieurs choses : ce que l’on désire réellement, ce que l’on a appris à devoir désirer, les contraintes économiques réelles et les attentes auxquelles on peut choisir de ne plus répondre.
Il ne s’agit pas de choisir entre ses racines et ses ambitions. Il s’agit de construire suffisamment de clarté pour décider ce que l’on veut transmettre, conserver, transformer ou inventer.