Comprendre sa multipotentialité · Suradaptation

Masque social : quand la suradaptation devient épuisante

S’adapter est une compétence. Mais lorsqu’il faut constamment filtrer ses idées, minimiser ses besoins ou jouer le rôle attendu, cette capacité peut finir par coûter beaucoup d’énergie.

Olga Tsoukoula 10 min de lecture Comprendre sa multipotentialité

Vous savez vous adapter.

À une équipe. À une famille. À un environnement professionnel. À une conversation. À ce que l’on attend de vous.

Cette souplesse peut être une vraie compétence. Elle permet de comprendre des univers différents, de travailler avec plusieurs types de personnes et de naviguer dans des contextes variés.

Mais l’adaptation peut changer de nature lorsqu’elle devient permanente.

Lorsque vous ne choisissez plus seulement comment vous présenter, mais que vous avez le sentiment de devoir continuellement réduire, filtrer ou modifier ce que vous êtes.

S’adapter n’est pas nécessairement s’effacer. La question est de savoir combien de vous-même vous devez laisser de côté pour rester acceptable dans un environnement.

Qu’entend-on ici par « masque social » ?

Dans cet article, nous utilisons cette expression dans son sens courant : la différence entre ce que vous ressentez, pensez ou souhaitez exprimer et l’image que vous estimez devoir présenter.

Il ne s’agit pas d’un diagnostic ni d’une caractéristique propre à toutes les femmes multipotentielles.

Chacun adapte une partie de son comportement aux contextes sociaux.

Le problème apparaît lorsque cette adaptation devient si importante qu’elle génère durablement tension, fatigue ou perte de repères.

Quand l’adaptation devient suradaptation

La suradaptation peut prendre des formes discrètes.

Vous acquiescez alors que vous n’êtes pas d’accord. Vous ne parlez pas d’un projet par peur qu’il semble encore trop différent. Vous simplifiez votre parcours pour ne pas avoir à l’expliquer. Vous acceptez davantage de responsabilités que vous ne pouvez raisonnablement en porter.

Vous souriez alors que vous êtes à bout. Vous évitez de dire non. Vous préparez longtemps vos interventions afin de ne laisser aucune place à la critique.

Pris séparément, aucun de ces comportements ne définit nécessairement un problème.

C’est leur répétition et leur coût qui comptent.

Pourquoi un parcours multiple peut accentuer cette impression

Lorsque votre trajectoire possède plusieurs facettes, vous pouvez régulièrement être invitée à la résumer.

« Mais finalement, vous faites quoi ? »

« Quel est votre vrai métier ? »

« Pourquoi avez-vous encore changé ? »

Ces questions ne sont pas toujours malveillantes. Elles peuvent simplement révéler que votre interlocuteur cherche une grille de lecture.

Mais lorsqu’elles se répètent, vous pouvez finir par anticiper le jugement avant même qu’il existe.

Vous choisissez alors la version de vous qui semble la plus facile à comprendre.

À force de vouloir devenir parfaitement lisible pour tout le monde, on peut finir par ne plus savoir ce que l’on souhaite réellement rendre visible.

Le coût de la vigilance permanente

Surveiller continuellement ce que vous dites, la manière dont vous le dites, ce que vous devez taire et l’image que vous produisez demande de l’attention.

Cette vigilance peut devenir fatigante, particulièrement lorsqu’elle s’ajoute à une charge professionnelle ou personnelle déjà élevée.

Vous pouvez sortir d’une journée avec l’impression d’avoir beaucoup donné, même lorsque rien de spectaculaire ne s’est produit.

Ce qui fatigue alors n’est pas nécessairement l’interaction elle-même.

C’est parfois tout le travail invisible réalisé pour rester en permanence dans le bon rôle.

Quand votre réussite elle-même ne ressemble plus à vous

On peut être compétente, reconnue et même objectivement réussir, tout en ressentant un décalage.

Parce que la réussite obtenue correspond davantage à la personne que l’environnement attend qu’à celle que vous souhaitez devenir.

Vous pouvez ainsi être parfaitement capable de tenir un rôle sans vouloir continuer à le tenir.

Cette distinction est importante.

Être capable de quelque chose ne signifie pas automatiquement que cette chose mérite encore votre énergie.

Les signaux à observer

Posez-vous quelques questions simples.

Dans quels contextes réfléchissez-vous longtemps avant d’exprimer une idée ?

Avec quelles personnes avez-vous constamment peur d’être « trop », « pas assez » ou difficile à comprendre ?

Dans quelles situations dites-vous oui alors que votre première réponse intérieure était non ?

Quels rôles vous demandent beaucoup plus d’énergie que leur contenu objectif ne semble l’expliquer ?

L’objectif n’est pas de conclure : « Je porte un masque. »

Il est d’identifier où votre adaptation reste choisie et où elle commence à devenir coûteuse.

Retrouver de l’authenticité ne signifie pas tout dire

Être authentique ne signifie pas révéler toutes vos pensées à tout le monde.

La discrétion, la diplomatie et l’adaptation au contexte restent nécessaires.

L’enjeu consiste plutôt à retrouver une marge de choix.

Pouvoir décider consciemment ce que vous montrez, ce que vous gardez privé et ce que vous refusez de modifier simplement pour rassurer votre environnement.

Commencer dans les espaces suffisamment sûrs

Vous n’avez pas besoin de bouleverser toutes vos relations.

Commencez là où le risque est faible : exprimer une préférence, dire que vous n’avez pas la disponibilité, parler d’un projet qui vous enthousiasme, poser une question ou proposer une idée différente.

Observer les relations où vous respirez davantage

Certaines personnes vous permettent de parler sans préparer chaque phrase.

Avec elles, vous n’avez pas constamment besoin de simplifier votre pensée ou de justifier votre parcours.

Repérer ces environnements vous renseigne sur les conditions dans lesquelles vous fonctionnez avec davantage de liberté.

Réintroduire vos valeurs dans vos décisions

Une suradaptation durable peut rendre difficile la distinction entre ce que vous voulez et ce que l’on attend de vous.

Revenir à vos valeurs permet de retrouver un critère interne.

Cette décision me rapproche-t-elle de ce qui compte pour moi ?

Ou est-ce surtout une manière d’éviter de déplaire ?

Exercice · Cartographier votre suradaptation

1. Choisissez trois situations récentes

Une situation professionnelle, une relation et un contexte dans lequel vous vous êtes sentie particulièrement libre.

2. Notez ce que vous avez montré

Qu’avez-vous dit ? Qu’avez-vous accepté ? Qu’avez-vous retenu ?

3. Notez ce que vous auriez préféré faire

Parler davantage ? Refuser ? Demander du temps ? Exprimer une idée ? Ne rien justifier ?

4. Mesurez le coût

Après cette interaction, vous êtes-vous sentie légère, neutre, tendue ou épuisée ?

5. Choisissez une micro-action différente

Dans une situation suffisamment sûre, testez une variation minuscule : dire une préférence, poser une limite, exprimer une idée ou demander un délai.

Vous n’avez pas à devenir moins adaptable

Votre capacité d’adaptation peut rester une force considérable.

L’enjeu est de ne plus la confondre avec l’obligation de devenir systématiquement ce que chaque environnement attend.

Vous pouvez être souple sans devenir invisible.

Vous pouvez tenir compte des autres sans abandonner vos propres critères.

Et vous pouvez construire une trajectoire dans laquelle votre multiplicité n’a pas besoin d’être continuellement excusée ou dissimulée.

Et maintenant, où en êtes-vous ?

Le test peut vous aider à identifier certains marqueurs de multipotentialité. Si vous souhaitez ensuite aller plus loin, vous pouvez également ouvrir un échange avec Olga.